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Sugar Ray Leonard
(1956)

 

Surnommé "Sugar" comme Ray Robinson, un autre immense champion, Ray Leonard a d'abord été un fantastique boxeur amateur, champion olympique à Montréal en 1976, avant de marquer de son empreinte les rangs professionnels.
Champion du monde dans cinq catégories différentes, Ray Leonard a battu les plus grands talents de son époque, de Benitez à Hagler, en passant par Hearns et Duran. Alors qu'on le croyait perdu pour la boxe alors qu'il était au sommet de sa gloire, ce boxeur intelligent et doté d'une technique affinée est revenu pour réaliser le grand défi de sa carrière.

 

Raymond Charles Leonard est né le 17 mai 1956 à Wilmington (Caroline du Nord). Trop petit pour jouer au basket qu’il adore, il se dirige très jeune vers la gymnastique, puis vers les sports de combats dont la boxe. Le jeune garçon est très doué, mais aussi déjà très têtu et décidé. Il espère ainsi participer aux Jeux olympiques de Munich en 1972. Seul problème mais de taille, il n’a pas l’âge minimum requis (17 ans) pour disputer les sélections américaines. Peu importe, il ment sur son état civil pour pouvoir concourir et ne s’incline qu’en demi-finales de ces trials alors qu’il n’a que 16 ans.
Ce n’est que partie remise et quatre ans plus tard, le monde entend parler du jeune homme lors des JO de Montréal. Dans le village olympique, il se murmure qu’un jeune noir américain a un talent fou. Ses adversaires dans ce tournoi des super-légers vont s’en rendre compte. Parmi les cadors de la catégorie, le Soviétique de service, puis le champion d’Europe, l’Allemand de l’Est Beyer, sont ridiculisés par la maestria du jeune homme. Le Cubain Aldama, malgré la présence remarquée du grand Téofilo Stevenson, subit le même sort en finale. Ray Leonard,

le phénomène, est désigné meilleur boxeur de la compétition. La légende est en marche.

C’est avec le célèbre Angelo Dundee, légendaire coach d’Ali, dans son coin que l’aventure professionnelle démarre huit mois plus tard à Baltimore devant un certain Luis Vega dont le seul fait d’armes sera d’avoir donné la réplique à Sugar ce jour là. Leonard est si fort, si rapide, avec un sens du déplacement et une gestuelle rarement vue qu’il domine outrageusement ses onze premiers rivaux, ne perdant aucun round lors de ces matchs. Le premier vrai test de sa carrière a lieu en 1978 contre un dur bad boy, un certain… Floyd Mayweather. Le père de Floyd, né un an et demi plus tôt, aussi doit capituler, arrêté par l’arbitre dans la 10e et dernière reprise. Pour son 25e combat en 1979, Leonard défie un autre phénomène en la personne du Portoricain Wilfredo Benitez, invaincu en 37 combats et tenant du titre WBC des welters. Alors qu’il est saoulé de coups et sans réaction, Carlos Padilla met fin à son calvaire au 15e et dernier round. Sugar décroche son premier titre mondial.
A peine le temps de réussir un des plus beaux KO de l’histoire aux dépens de l’Anglais Green que se profile déjà l’ombre du très dur Roberto Duran.

Le combat a lieu à Montréal, théâtre de ses exploits olympiques, en juin 1980. Leonard n’aime pas le Panaméen qu’il juge trop macho. Orgueilleux et fier, Ray veut montrer à tous qu’il n’est pas qu’un artiste, mais aussi capable d’aller à la guerre en acceptant le défi physique. Ainsi, une bagarre intense a lieu sur le ring canadien. Une lutte acharnée qui atteint des sommets de violence par instants. Leonard est vaincu d’un point pour les trois juges au terme des quinze reprises et subit sa première défaite.
La revanche, programmée cinq mois plus tard aux Etats-Unis, reste comme le chef d’œuvre de sa carrière. Sugar, les mains basses, provoque Duran, boxe à une rapidité phénoménale, se déplace et touche tel un félin insaisissable. Dépité et frustré devant tant de classe et de virtuosité, « Mano de Piedra » abandonne au 8e round en prononçant son fameux «no mas». L’Amérique, orpheline de Ali exécuté le mois précédent par Holmes, se retrouve un héros.

Désireux de marquer l’histoire en s’adjugeant plusieurs titres dans diverses catégories, Ray Leonard s’attaque à l’invaincu Ougandais Ayube Kalule, champion WBC des super-welters. Le combat est disputé, Sugar durcit le match au 9e round et ébranle son adversaire avec sa droite pour finalement l’envoyer au sol sur une magnifique combinaison qui met un terme au combat.
Pendant ce temps-là, un homme fait aussi parler de lui du coté de Detroit. Le terrible «Hit Man» Thomas Hearns, champion WBA des welters et vainqueur de trente de ses trente-deux combats par KO. Les deux hommes s’invectivent par presse interposée et le duel devient inévitable. Ce

sera le premier «combat du siècle» chez les welters. A Las Vegas, l’affrontement est acharné et apparaît longtemps indécis tant aucun des deux hommes ne veut céder devant l’autre, jusqu’à ce fatidique 14e round où le puncheur de Detroit encaisse une terrible série qui le met KO. Malheureusement, ce duel a laissé des traces et après une exécution en règle du quelconque Finch, le verdict tombe: Leonard souffre d’un décollement de la rétine ! C’est la consternation dans le monde pugilistique, il doit abandonner la boxe en pleine gloire, à seulement 26 ans.
Pendant deux ans, Ray s’occupe de sa femme Juanita qu’il a connue très jeune. Mais le démon de la boxe est toujours présent et il décide de remonter sur un ring face au dénommé Kevin Howard. Leonard est mécontent de sa performance car malgré une victoire au 9e round rien n’a fonctionné comme il l’avait espéré et il déclare à l’assistance médusée qu’il n’a plus la flamme et que jamais il ne redeviendra. Sa retraite définitive !
Toute l’attention des fans du monde entier est désormais concentrée sur une terreur venue de Brockton qui s’est proclamé «Marvelous». Marvin Hagler règne sans partage sur les poids moyens.

Une rumeur complètement insensée commence à circuler début 1986: Ray Sugar Leonard ferait son retour pour combattre le «divin chauve». Le monde de la boxe, d’abord incrédule et partagé devant cette nouvelle, se prend petit à petit de passion pour ce défi inouï de Leonard qui clame partout qu’il ne battra pas l’homme Hagler, mais le style du boxeur. L’affrontement sera programmé le 6 avril 1987 au Caeasar’s Palace de Las Vegas. Leonard a 31 ans et n’a plus boxé depuis près de cinq ans, hormis l’intermède Howard, et il s’attaque au meilleur boxeur en activité. Pourtant l’impensable se produit, le virtuose a retrouvé toute sa superbe et jamais Hagler ne parvient à cadrer cette cible insaisissable. Comme à ses plus beaux jours Leonard virevolte en refusant le défi physique. Il boxe à la touche, sans aucune efficacité certes, mais suffisamment précis pour obtenir une décision en sa faveur. Un verdict controversé par Marvelous qui, s’estimant victime d’un vol, met un terme à sa carrière. Poussé par cette réussite extraordinaire, Sugar veut d’autres titres. Cela tombe bien, la WBC vient de reconnaître elle aussi la catégorie des super-moyens nouvellement crée. Qui mieux que le nouvel héros pourrait en être le premier représentant ? Le combat qui l’oppose en 1988 au Canadien Donny Lalonde, champion WBC des mi-lourds, octroiera donc deux titres dans deux catégories différentes, laissant au passage augurer de l’anarchie qui régnera plus tard au sein de ces fédérations. L’affrontement

est engagé et équilibré car le Canadien est un homme fort, bien plus grand et plus lourd que l’Américain. Au 4e round, Ray est au tapis sur une puissante droite reçue sur le haut de la tête. Les reprises passent et Leonard prend doucement la mesure de son rival. Au 9e round, le Canadien est envoyé au sol sur série ponctuée d’un crochet gauche. L’arbitre se précipite pour arrêter le combat dans les secondes qui suivent.
Leonard combat encore l’année suivante pour une revanche face à son vieux rival Hearns, obtenant un bienheureux match nul. Une belle face à Roberto Duran est aussi au programme en cette année 1989. Comme neuf ans auparavant il s’imposa, cette fois-ci largement aux points au terme d’un combat assez décevant et à sens unique.
Sugar a de nouveau l’idée de revenir deux ans plus tard. Malheureusement pour lui, c’est la fois de trop. Le jeune et talentueux Terry Norris inflige à celui qui était son idole de jeunesse une terrible correction.

Ray Leonard aura tenu tous les rôles dans la boxe au fil de sa vie: combattant, entraîneur, promoteur et manager d’une écurie, commentateur et aussi animateur d’une émission de télé réalité avec Sylvester Stallone. Il a été intronisé au Hall of Fame en 1997 et c’est aujourd’hui un homme reconnu qui donne des conférences dans le monde entier sur son sport.
Michel Beuville
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